L'autre jour, lors d'une discussion avec Henry Mas, celui-ci a évoqué l'ordinaire du temps et des choses. Il a parlé des murets autrefois construits par les montagnards au cours du XVI° Siècle et des siècles suivants, me disant : "Tu vois, Jean-Marie, quand je suis en forêt et que je regarde les vestiges de ce travail colossal qu'ont accompli les Anciens, je suis inondé de respect et d'émotion. Et pourtant, quoi de plus ordinaire qu'un muret soutenant une terrasse de culture ? Mais cet ordinaire-là a une beauté, comme toutes choses qui nous accompagnent quotidiennement et que nous ne savons plus voir ou contempler à force de voisinage. Cet ordinaire-là a la beauté du travail anonyme, la beauté de l'effort. C'est ce que j'appelle la beauté des choses ordinaires."

Je crois te comprendre Henry. Me souvenant de cette discussion et en harmonie sensible avec ce terroir si cher à ton cœur, toi le cultivateur de la mémoire, j'ai effectué ma promenade ordinaire, celle que je fais presque chaque jour sur la montagne du Rouayras. Je t'en offre quelques images, illustrations de l'ordinaire d'un lieu, ordinaire révélateur des beautés de la vie chaque jour cotoyées.

 

 

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voir des ciels du Haut Languedoc ?

 

 

 

 

 

 

 

Au printemps, la forêt est toute vibrante, fringante de ses nouveaux atours. L'arbre se vêt de neuf. Insensible aux modes auxquelles s'aliènent les humains, il reproduit les mêmes feuilles et, chaque année, nous enveloppe dans un cocon de tendresse, nous enivre dans un festival de verdure retrouvée. Regarde, Henry, ces feuilles de hêtres. Elles ont la transparence d'un franc regard, le velouté, l'onctuosité de la délicatesse. Délicates, elles le sont. Comme tout être qui apparaît à la vie. Sur le Rouayras, le renouveau de la forêt c'est un retour aux sensations premières. Ordinaires...

 

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... Alors que le hêtre est déjà feuillu, les chênes paressent, peu pressés d'arborer leur parure. Squelettes encore dénudés, ils tendent leurs troncs et dressent leurs branches vers les ciels, semblant ainsi rendre grâce pour la fin, proche, du long sommeil hivernal. Sentinelles attentives, ces faisceaux de troncs dominent les chemins du Rouayras. Chênes précieux. Ordinaires...

L'appellation Rouayras a été donnée à la montagne située entre le village de Nages et le lac du Laouzas en raison de la présence d'une forte densité de chênes rouvres.

Le nom du hameau de Rouvières, situé au flanc Sud-Est du Rouayras, a la même origine étymologique.

L'altitude du Rouayras est de 976 m.

Aujourd'hui, il est identifiable à des kilomètres à la ronde :  comme un point d'exclamation, un relais  téléphonique "Orange" est dressé à son sommet., depuis l'an 2000. Il s'agit de la seule antenne (jusqu'à présent) émergeant des forêts en surplomb au-dessus du lac du Laouzas.

...Les pierriers, chaos granitiques, dégoulinent sur le flanc Est du Rouayras. Spectaculaires amoncellements rocheux éclaircissant la forêt, ils étonnent le passant qui, souvent, s'écarte. Craintif. Un comportement, un mouvement qui en disent long sur le déficit relationnel homme-nature. L'inexistence d'un danger cache une réalité vivante. Ordinaire...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vue automnale du village de Nages, niché dans un écrin de forêts

 

 

 

5% de la forêt :

le chêne pédonculé

 

la carline

est sur le Rouayras

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

toutes photos  et textes © Jean-Marie Hulbach

... Si l'arbre cache parfois la forêt, la forêt peut dissimuler la fleur. Cependant, sur le chemin, s'épanouissent des merveilles. Retenons : dent-de-chien, violette, narcisse, orchis, potentille, bouton d'or... En été, la carline et le grand chardon... En automne, la colchique...

... Chemin, forêt, arbres, fleurs, roches, paysages, grand air, parfums et visions, gazouillis des oiseaux, aboiement du chevreuil... Le Rouayras est effectivement, est bien une montagne ordinaire ! D'un ordinaire dont nos jours sont parés et enchantés...

Notre ordinaire, Henry...

 

 

la borne géodésique du sommet

 

 

Le Rouayras constitue un véritable point d'observation paysager.

Depuis le Sud-Ouest, en montant vers le sommet, les vues sur le hameau de Pontis et le village de Nages, la vallée du Viau sont multiples.

À l'approche du relais, on voit, au Sud-Est, le pic de Concord (1185 m) bien émergeant.

Passé le relais, en descendant vers le lac, on distingue au Nord les  sommets de Montgrand, Rascas et Montalet dépassant les crêtes de Pontis.

Enfin, face au promeneur, le lac du Laouzas, le Somail, la Montagne Noire et, parfois, par temps bien clair, la chaîne des Pyrénées.

 

 

 

 

 

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